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Les Anonymes Be

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Les histoires d’amitié naissent parfois très tôt. Dans l’innocence des jeux d’enfant, on se construit une famille : Marvin, Lionel, Matteo, trois futurs MC. Si leur amour de la rime naît sur les bancs d’école, le rap est quant à lui un trait d’union précieux à un âge où on erre.

Dans les nuées des fumées, entre les quatre murs d’un quartier devenu trop étroit pour les rêves, l’esprit s’évade. Sur le papier, on couche l’ennui qui alourdit le quotidien, la mélancolie qu’insuffle la vie, la rage d’un coeur qu’on piétine.

Encouragés par les grands frères et leurs influences old school, les maux se transforment en flow et l’idée de former un groupe s’enracine.

Ses contours se dessinent plus nettement lorsque Julien rallie le projet. DJ, il rehausse, appuie, souligne l’écriture de ses scratches. L’alchimie est totale et marque un tournant décisif dans l’histoire du groupe.

Une autre rencontre importante a lieu dans la foulée, celle du public. Un rendez-vous fortuit, mais pas manqué. Sur un coup de tête, Marvin, Lionel, Matteo et Julien s’inscrivent à un concours. Un tremplin dont ils remportent la demi-finale sans l’avoir prémédité.

Jusqu’à quelques minutes avant l’entrée en scène, le présentateur ne sait pas qui il doit annoncer. Les artistes n’ont pas de nom. Sans nom. Les Anonymes. Leur identité est née ce jour-là. Leur musique devient alors un miroir où se reflètent leurs âmes, mais jamais plus vous ne verrez leurs visages. Masqués, non pas par pudeur, mais pour signifier que dans leur univers, le fond devancera toujours la forme. Groupe de scène, Les Anonymes ont fait les beaux jours de l’underground liégeois. Bien assis sur les fondements, ils jonglent aisément avec de nouvelles sonorités. En 2017, ils sortent Ma signature, un EP qui flirte avec des influences jazz, soul et même electro.

Le succès est au rendez-vous et l’aventure ne s’arrête pas là. Car, pour eux, le hasard a un dessein. La même année, ils intègrent “Première prises” un programme d’accompagnement musical lancé par le Service d’Actions musicales (SAM). Là, les coups de coeur musicaux s’enchaînent notammentavec l’artiste Debahia (La Plage). Si au départ, il ne devait collaborer qu’à un morceau, il prend rapidement la direction artistique du projet.

Affranchis de toutes étiquettes, ils n’ont pas peur d’explorer ensemble d’autres pistes. Sans pour autant dénaturer leur musique, on retrouve Les Anonymes là où on ne les attend pas. Avec leur nouvel album Rituel (sortie prévue en 2019), ils partent à la conquête d’un nouveau public. Et, Anonymes, ils ne le resteront pas longtemps. Ils forment avec des artistes tels que Le Dé, Hesytap Squad ou encore Venlo, les nouveaux visages du hip-hop liégeois.

Les battements hypnotiques des BPM entament le RITUEL. Petit à petit, celui qui tend l’oreille s’enfonce dans leur univers.

Avec RITUEL, Les Anonymes offrent, que l’on soit néophyte ou aguerri, un subtil mélange d’ombre et de lumière, d’ancien et de nouveau, de textes intenses et d’esthétique musicale qui permettent différents degrés de lecture. Plus mûr, ce nouvel album l’est certainement, bien qu’il garde son authenticité et, en filigrane, les influences old school qui ont nourri les jeunes années du groupe. Chaque morceau a sa propre couleur sonore. Celle-ci se distille, sans s’altérer, dans un ensemble harmonieux qui, plus que la somme de ses parties, caractérise parfaitement le nouveau tournant amorcé par Les Anonymes.

Vécu comme une véritable rupture, RITUEL s’est fait avec la même brutalité, le même mystère et la même appétence que lorsqu’on tourne une page. Pour le réaliser, Les Anonymes sont allés au bout d’eux-mêmes, hors de leur zone de confort, hors des sentiers battus. Se perdre ? Ils auraient pu, s’ils n’avaient pas su s’entourer, susciter ou se laisser guider par de nouvelles collaborations. Tour à tour, le flow nonchalant du rappeur Venlo, l’inventivité du beatmaker Debahia mélangée à la fraîcheur d’un Mataya, la sensualité vocale des chanteuses Kab et Lipass agrémentent un album surprenant qui invite à la reconnexion musicale. Prêt(e)s à se laisser envoûter ?